Ce qui viendra ensuite
Ce que nous allons construire.
Rien de ce qui suit n'existe aujourd'hui, et rien n'a de date. Mais ce ne sont pas des idées en l'air : c'est le produit que nous construisons, écrit ici parce que quelqu'un à qui l'on confie l'histoire d'une vie a le droit de savoir où il va.
Chacune dit d'abord ce qui est vrai aujourd'hui, puis ce que nous allons en faire. C'est la seule façon honnête de parler de ce qui n'existe pas encore, sur un site dont l'argument tient en une phrase : on ne dit que ce qui a été dit.
Ce qui vient en premier
Un livre, à poser sur la table du salon.
C'est la question que les familles posent en premier, avant même de demander comment ça marche : est-ce qu'on peut l'avoir sur papier ?
Aujourd'hui : le récit se lit à l'écran. Rien ne s'imprime, et aucun imprimeur n'est engagé.
Ce que nous allons faire : un volume relié, ou broché au choix de la famille, qu'elle commande quand elle le décide. Une page, un souvenir, ses phrases exactes, et la photo qui va avec.
La forme n'est pas un détail, et c'est ce qui rend ce livre possible : ce n'est pas un roman. Un roman aurait exigé de la prose fabriquée, donc des transitions, donc des dates inventées, précisément ce que le programme rejette aujourd'hui. Notre travail n'est pas d'écrire, c'est de monter : choisir, ordonner, titrer, légender. Un livre fait de nos paraphrases vaudrait infiniment moins qu'un livre fait de ses phrases à elle.
Les origines
L'enfance, les parents, la maison, le village, l'école. Délibérément le plus court des trois, pour être le premier à se terminer.
Les commencements
La jeunesse, les rencontres, le premier amour, le premier métier, le service militaire.
La vie construite
La famille fondée, le travail, les épreuves, les lieux, ce qu'on transmet.
Le découpage est thématique et non chronologique, pour que les trois volumes se remplissent en même temps quel que soit l'ordre de la conversation. Une famille dont le père meurt avant la fin doit pouvoir imprimer le soir même : rien n'attend d'être complet.
Les trois autres choses que nous allons construire.
Sa voix, et pas seulement ses mots
Aujourd'hui : la voix n'est jamais gardée. Elle est transcrite pendant la conversation, puis elle disparaît ; aucun enregistrement sonore n'est conservé, et c'est écrit sur la note que nous remettons à chaque personne.
Ce que nous allons faire : garder la trace sonore de certains passages, pour qu'on puisse un jour la réentendre raconter et pas seulement la relire. Le grain d'une voix dit ce qu'aucune transcription ne retient.
Ce sera un choix explicite de la personne qui raconte, jamais un réglage par défaut, et jamais une décision de la famille à sa place.
Les photos de la famille
Aujourd'hui : le récit est fait de texte, et les proches ne font que le lire.
Ce que nous allons faire : leur permettre de retrouver les photos anciennes et de les rattacher au souvenir qu'elles montrent. La maison, le mariage, l'atelier. C'est ce qui leur donnera enfin quelque chose à faire, et ce sont ces photos qui rempliront les pages du livre.
Rattacher une photo à « la maison de Vaux » confirme le souvenir sans qu'on ait eu à interroger personne.
Savoir ce qui manque encore
Aujourd'hui : on ne sait pas ce qu'un récit n'a pas. On s'en aperçoit en le lisant, ou jamais.
Ce que nous allons faire : montrer aux proches ce qu'un volume ne contient pas encore, pour qu'ils sachent quoi demander à Élise, et pour qu'Élise le sache aussi.
Cet indicateur vivra chez eux, jamais devant la personne qui raconte. Personne ne doit voir un décompte pendant qu'il raconte la mort de son mari.
Les portes que nous fermons volontairement.
Une liste de refus engage plus qu'une liste d'ajouts. Celle-ci ne bougera pas avec le produit.
Rien de médical. Élise ne détecte rien, ne mesure rien et n'alerte sur rien. Ni la mémoire, ni l'humeur, ni le déclin. Un outil qui recueille la parole de personnes âgées est à un pas de prétendre lire leur santé dans leurs phrases : ce pas ne sera pas franchi, et ce n'est pas un manque de moyens, c'est un refus.
Aucune voix fabriquée. Nous ne reconstituerons pas sa voix pour lui faire dire ce qu'elle n'a pas dit, et nous ne ferons pas d'avatar à son image. Tout le produit repose sur le fait que chaque phrase gardée a réellement été prononcée ; une voix de synthèse à sa place détruirait cela d'un coup.
Aucun réseau social. Ce qui est raconté appartient à la personne qui l'a raconté et à sa famille. Il n'y aura pas de fil, pas de public, pas de récits d'inconnus à parcourir.
Il manque quelque chose à cette liste ?
Ce que les familles et les résidences nous demandent décide de l'ordre. Nous lisons tout, et nous répondons nous-mêmes.